Classé dans : Egonies
Ca y est, je fais partie de la guilde ultime, celle de la vie sociale, sociable et rencardable. J’apprends doucement, dix ans que j’ai pas pratiqué. M’activer juste pour ma tronche, laisser le taf dans mon cartable. Me poser, me reposer, dormir, retrouver le temps d’avoir le temps, flâner. J’en demandais pas tant. Pianoter, chanter, répondre au téléphone, patauger, bouquiner, me curiositer, j’entretiens tout à la fois mais j’ai pas la main verte. Des millions de pétales me montrent le chemin, je suis encore incapable de me pencher pour en ramasser un plutôt qu’un autre. Je sème des petits cailloux dans l’autre sens, histoire de ne pas être trop paumée quand mon emploi du temps me rattrapera. Je voudrais pourtant qu’il m’emporte de nouveau, qu’il me bouscule dans le couloir, qu’il renverse mon café et qu’il me dise qu’on y retourne, dans la folie-furieuse-j’ai-le-temps-de-rien-viens-t’vas-voir-c’est-trop-bien. J’ai peur quand il se passe rien. Je ne suis pas hyperactive, je suis juste faite pour être utile.
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On mange un croissant, assis sur un trottoir. Il commence à pleuvoir. On rentre jouer aux dés, bien au chaud chez toi. Tu me racontes des banalités pendant le déjeuner pour qu’il devienne moins angoissant. Je joue du piano pendant que tu squattes le pc. Je te fais écouter des trucs que j’ai découverts en surfant de nulle part à ailleurs. Je te fais la lecture pour que tu t’endormes. Tu ne t’endors pas, tu me montres la girafe que tu imagines dans les ombres de ma chambre. On s’emballe, on raconte, on rêve, on rit comme des gosses. Je m’endors. Tu prépares quelques fringues pendant mon sommeil. Le matin, en descendant les escaliers de la mezzanine, je suis des post-it qui me mènent à un café sur la table, mon sac prêt et des impressions noir et blanc de la ville qu’on va découvrir ce week-end. En rentrant, on va boire des coups avec tes potes. Tu restes en terrasse pendant que je vais manger des crêpes chez une copine. Le soir, tu rentres chez toi, tu joues, tu fais de la zik. Moi, j’écris un peu, je passe deux heures dans la salle de bains et on s’appelle juste pour s’entendre avant de dormir. C’est niais, peut-être. C’est simple, c’est sûr. Ca n’existe pas. Parce qu’on n’est pas amis. Pourtant, l’amour, c’est rien d’autre que de l’amitié, des corps en prime.
Somedays aren’t yours at all
They come and go as if they’re someone elses days
They come and leave you behind some elses face
And it’s harsher than yours
And colder than yours
They come in all quiet sweep up and then they leave
And you don’t hear a single floor board creak
They’re so much stronger than the friends you try to keep by your side
Downtown, downtown
I’m not here, not anymore
I’ve gone away
Don’t call me don’t write
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Deux mains gauches pendant trois semaines, deux semaines de sable noir, quinze jours de rendez-vous urgents, des soirées de questionnement, quinze heures de sommeil après une nuit blanche de migration, je suis enfin sur mes deux jambes redevenues blanches et fébriles. Je ne sais toujours pas ce que je veux, quand je le veux, où je suis capable d’aller ni comment et encore moins pourquoi. Parfois je préfèrerais recevoir un guide. Toutes les probabilités y seraient décrites. Ce qu’il faut faire, comment il faut s’y prendre, pour combien de chances de réussir, combien de bonheur à recevoir, quels risques d’échec, combien je croiserais de voitures jaunes – symboles d’une bonne journée comme celles de Christopher Boone. Juste un guide, pas une bible. J’aurais encore le choix, la connaissance et le conseil en plus. Je suis tombée trop souvent pour prendre de l’altitude sur un coup de tête. J’ai été trop souvent malade parce que je mangeais des trucs pas assez cuits, pas assez frais, en n’ayant pas assez faim. Je voudrais suivre une recette, y ajouter quelques noix de pécan pour la surprise et le croquant, enlever une cuillère de beurre pour que ce soit moins gras et moins lisse. Je veux la recette, qu’on me fasse la lecture pendant la cuisson, les bras du crémier en prime. Comment ça, exigeante ?



