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J’ai passé toute la journée en col roulé près de la cheminée, dans ma tête. On n’y a vu que du feu. J’ai été souriante, liante, riante. Pourtant, j’avais la nausée comme si ma mère m’avait forcée à manger des choux de Bruxelles. Encore besoin de remettre ce masque parfois, comme le t-shirt fétiche rassurant du dimanche après-midi. La coubi machine n’est pas complètement en marche, surtout quand elle klaxonne dans ma rue, dans un dérapage incontrôlé. J’ai choisi de vivre cachée dans mon chalet pour n’y accueillir le soleil que quand je l’ai décidé. J’entreprends à peine tout ce que je n’ai pas fait par respect pour la dépendance. Celle pour qui on apprend à porter une montre, à qui on laisse des annuaires complets en cas d’urgence. Celle pour laquelle on oublie l’ennui, pour qui on retient son souffle par peur de faire trop de bruit. Celle à qui on pardonne l’immobilisme, l’enfermement et le contrôle. Celle qu’on n’ose pas quitter plus de deux heures parce qu’elle se déshydrate en trente minutes. Je crois de nouveau qu’il est des êtres qui s’hydratent de leur propre vie. Je me dirige vers des âmes qui respirent sans bouche à bouche. Je frôle des sensibilités que je n’imaginais plus. Je réapprends le partage, l’envie. L’intimité naissante me ravit. Je voudrais juste qu’on n’emprunte pas ma chaussure droite pour appuyer sur l’accélérateur. Si l’amour est absence de choix, je réclame le droit de crier moi-même que je suis prête à ne pas choisir.
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C’était mon resto préféré, à l’entrée de la rue de Gand. Le mec qui l’avait ouvert, un ancien boxeur, faisait les meilleures ravioles de Lille servies dans une intimité gracieusement tamisée de violons que je n’ai jamais plus croisée. Ca doit bientôt faire trois ans qu’il a fermé, mais je viens à peine de le réaliser. Comme si je venais de me réveiller d’un profond coma. Koma, en Allemand, ça veut dire virgule. J’ai probablement ponctué mes pensées, ces derniers mois, mes actes aussi. J’ai finalement décidé de ne pas adopter ce petit chat. Chichi a entrepris une exploration de l’appart depuis 24 heures, refusant de remonter dans sa cage pour la plus fantastique des bananes séchées. Je les imaginais mal cohabiter, je me suis raisonnée. J’ai quand-même accueilli un nouveau colocataire. Il porte des dread vertes, il ne boit qu’une fois tous les quinze jours et supporte le plein soleil. Il est pile sous la fenêtre qui, elle, ne fait refléter que la pureté de la neige depuis quelques jours. Il s’appelle Horace. C’est un gros cactus tout doux à qui je parle chaque soir. Je lui dis combien il est beau et lui confie que je suis impatiente de le connaître en fleurs. Je m’exerce. J’ai enfin ressorti mes pinceaux et j’ai même accroché les premières toiles. J’ai regretté de n’avoir rien conservé. J’ai toujours peint inspirée par quelqu’un, alors j’offrais ce qui lui appartenait. J’ai perdu toute expérience de portraits, mais c’est comme le piano, ça doit revenir vite. J’ai fixé mon premier cours de chant. La prof m’a demandé d’acheter un cahier de musique. Jusqu’ici, je n’écrivais que des lettres à mes proches sur ce papier. Je trouvais que les mots sonnaient mieux, comme en harmonie avec mes sentiments. J’ai mis chaque chose à sa place, ou plutôt j’ai changé la disposition complète de mes pensées, de mes convictions. Je me suis tournée vers moi, j’ai appris à prendre le temps de réfléchir avant de foncer dans quatre directions à la fois. J’ai retrouvé le temps de faire des crêpes. J’entends la Lul : mais, alors la Coubi-crêpes party ? Eh bien, monde de coubis, prépare-toi, je suis de nouveau prête à te parler, à t’écouter, à te lire, à t’accompagner, à te rire, à te dessiner, à te rêver, à te respirer, à laisser ma nuque te parler de toi. Jamais plus pour le pire sans le meilleur. Tonight is Coubi’s night.
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Demain je ne travaille pas. Quatre jours de repos. D’abord je dors un peu. Je vais déposer 300 cc de mon sang rouillé et faire le plein d’énergie. C’est toujours l’expédition. D’abord faut prendre un vrai petit déj, s’hydrater correctement, inspirer à fond quand l’aiguille pénètre, surtout ne pas regarder le sang circuler dans cette machine qui balance la poche, presser la petite balle de mousse pour que ça coule plus vite, rester assise avec mon jus de raisin, le temps que tout le monde s’assure que je ne tombe pas dans les myrtilles. Rentrer à la maison, épuisée pour une heure et revigorée pour six mois. Ensuite, je file chez mon artiste préféré pour lui offrir 3 cm de matière morte. Je déteste aller chez le coiffeur. Je suis ravie d’en sortir, mais je hais l’attente et les anecdotes de mes voisines sur le QI exceptionnel de leurs bambins. Surtout ne pas mettre la pression à l’artiste en lui disant que j’ai le rendez-vous du siècle, la dernière fois ça l’a tellement stressé qu’il n’a rien coupé. De toute façon, j’ai pas chopé le rendez-vous du siècle, ou alors il a pas encore compris et moi j’y crois que d’un œil. Choisir, ne pas subir, c’est bien, mais c’est long. L’essentiel n’est ni le combat, ni l’issue, c’est l’issue après le combat. Le combat s’éternise un peu à mon goût. Je reste des plombes au bureau, d’abord parce que je m’éclate vraiment maintenant que je mets le nez partout mais aussi parce que j’ai rien de plus palpitant dans mon quotidien de trentenaire dynamique. Paraît qu’un chat, on peut lui demander comment s’est passée sa journée en rentrant. Paraît que ça fait des papouilles sur l’oreiller à cinq heures du mat. Encore faut-il ne pas le renvoyer d’où il vient, cause t’es devenue la star de l’éternuement, la reine du saignement de nez tous les matins devant mimi au poil soyeux. Je teste ce week-end, je prends une décision mardi. Si je fais une boulette, je commencerai à nettoyer des litières dans quinze jours. J’irai promener mimine au Bois de Boulogne, avec un peu de chance je ne tomberai pas que sur des exhib. Je ferai d’un arbre mon ami d’enfance et je passerai mon été à gribouiller dans son ombre en croyant que personne d’autre ne connaît ce petit trésor de zénitude. Un arbre, c’est bien aussi, mais la dernière fois que j’en ai adopté un, j’ai du le laisser à Notre-Dame en déménageant. Non, pas un chat, ni un arbre, ni du taf à crever, ni la nouvelle star. Bon, je reprends. Sortir, dormir, travailler moins, apprendre à mon corps à exprimer ce qu’il désire, répondre aux paroles agréables, me dévoiler, partager… Ouais, y a du taf, quoi. Bientôt, je serai ravie de ne pas aller bosser.
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Si j’étais mon voisin d’en face, je passerais mes nuits devant la fenêtre pour regarder défiler les épisodes de ma vie. Il m’arrive de me tourner vers son velux pour lui sourire, lui chanter une chanson ou lui dire que c’est pas bien, telle une maman qui mettrait son enfant en garde d’un signe de la main. T’as vraiment rien de mieux à faire ? Va donc ranger ta mezzanine, c’est un sacré bordel. La mamie aux cheveux rose à gauche de ma maison a ouvert ses volets verts aujourd’hui. Ils sont tellement pourris, les fissures scotchées par du gaffer, que quand j’ai emménagé, je croyais que l’immeuble était à l’abandon. J’aperçois un vieux sac Kiabi qui doit traîner sur son bureau depuis quelques années. J’imagine qu’elle dort toute la semaine et qu’elle se réveille seulement le samedi. Elle écrit, peut-être. La table sur laquelle trône le sac Kiabi qui doit contenir ses médicaments ressemble à un bureau d’institutrice. Une lampe avec un abat jour pyramidal, comme celle d’un médecin. En penchant la tête par-dessus la fenêtre, j’aperçois une petite terrasse crasseuse, une chaise en plastique cassée, un banc sorti tout droit d’un western. Elle doit être sincèrement bonne. Sale, mais profondément gentille. Peut-être que c’est elle qui écrit mon quotidien. Ou le sien. Ou celui du voisin d’en face. A côté de cette chambre d’institutrice, une pièce sans fenêtre. Juste une trappe qu’on dirait formée par un bout de carton, comme si on avait fait un trou dans le bâtiment pour laisser passer le chat. Pourtant, c’est au moins un troisième étage, rien en-dessous, rien pour grimper. On sonne à la porte. Il est 03h51. Un mec tout bourré. -Ouais, c’est moi. -Qui moi ? T’as du te tromper de sonnette, t’es au troisième, là. -Ouais, c’est moi, c’est au troisième. -Ca m’étonnerait, il n’y a que moi au troisième. -Ah, j’ai du me tromper, ça doit être au deuxième, chez Antoine et ses potes. N’ayez pas peur. -Je m’en fous, trouve une autre sonnette. Je remonte et je continue à écrire. Le dos sur le crépi que j’ai enduit de trois couches de peinture pour cacher la misère. J’ai posé un revêtement de sol hyper graphique, pour faire des rêves de pixels, j’ai déposé du rose, du mauve, un peut partout, pour féminiser les pixels. Les lutins, dans le coin droit des toilettes n’ont plus froid. Autrefois, je leur déposais des petits bouts de papier hygiénique pour leur tenir chaud. Ma mère les balayait régulièrement. C’est bien plus tard qu’elle a compris, quand je lui ai dit que c’était pour eux. Je ne les vois plus à présent. Il fait probablement trop chaud pour eux, ici. J’ai soif, j’ai toujours soif. Je bois une infusion au fenouil. Ca sent la pisse de chat comme chez la mamie d’à côté. Je ne sais pas, elle a ouvert les volets, pas encore la fenêtre mais je l’ai senti de mes yeux.Je viens de lire 189 pages d’Acide Organique. J’ai triché, j’avais déjà lu trois des onze nouvelles et quelques autres en diagonale. C’est simple, c’est vrai. C’est cru et digeste à la fois. C’est sensible, aimant. Parfois même, drôle à schtroumpfer. Ca donne envie de commander une grenadine dans une taverne. Je suis épuisée. J’ai enfin trouvé ces deux morceaux de Henry Mancini qui me manquaient tant, pour finalement revenir, en boucle, sur Michael Andrews que je continue à appeler Matthew. Maintenant, je sais que je me plante chaque fois que je prononce ce prénom. Je peux aller me pieuter, le pc s’arrêtera quand la batterie se mettra à fondre.
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Et vous, vous attendrez encore trois semaines. On vous a confirmé l’éligibilité, on vous a assuré que votre syndic avait entrepris les démarches, on vous a invitée à régler votre commande en ligne et on vous a promis un mail de confirmation qui doit être coincé entre la livebox et le GPS du commercial qui est censé vous l’apporter (la livebox, pas le mail, ils ont quand-même dépassé le stade du télégramme). On a juste oublié de vous dire que, non, la fibre n’est pas encore franchement installée dans votre co-pro. Oui, désolé, on vous a laissée poireauter 12mn47 pour vous dire ça et non, on ne peut pas vous prêter une livebox provisoirement, par contre vous pouvez utiliser une carte 3G mais… bien sûr que non, on ne peut pas vous l’offrir. Ca doit s’appeler Orange parce que chaque fois qu’on a besoin d’un truc, faut se retaper la boucle avant d’avoir le feu vert. Pas de connexion à la maison, donc. Pas le temps de mettre quoi que ce soit en ligne depuis le bureau, entre la convention, les cours et le boulot. Juste un passage éclair pour vous dire que, oui, pendaison de crémaillère prévue samedi 29 et que, non, si vous ne recevez pas d’invit’ officielle, vous n’êtes pas convié. Oui, fallait se bouger les fesses sur 3 étages pendant une journée mais… bien sûr que si, on fera quelques exceptions pour ceux qui ont apporté leur soutien moral ;-)


